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L’intervention de Jean-Georges Perrin lors de TEDxAlsace est maintenant disponible sur la chaîne YouTube de GreenIvory. Des sous-titres en français et en anglais ont été ajoutés à la vidéo. Les diapositives sont disponibles sur SlideShare.
Voici le texte intégral en français :


Vous et moi, nous avons un point en commun.

Vous et moi, nous faisons partie d’une élite.

Nous faisons partie d’une des 10 espèces animales qui utilisent des outils pour améliorer son existence.

Quand on pense aux outils, on pense rapidement aux outils du garage, comme une clé. Mais c’est quoi un outil ?

J’ai eu cette « révélation » il n’y a pas très longtemps et pas très loin d’ici, à la Volerie des Aigles de Kintzheim, près de Sélestat (67). L’oiseau que vous voyez sur la photo est un vautour. C’est un vautour percnoptère. Il utilise une pierre pour casser les œufs d’autruche. Une fois l’œuf cassé, il peut manger son contenu.

L’homme préhistorique a créé ses outils pour mieux chasser, pour se façonner ses habits. Quand on imagine les hommes préhistoriques, on pense à ces brutes qui allaient chasser le mammouth. Pourtant, les hommes préhistoriques avaient des aiguilles pour coudre les morceaux de peau entre eux et ainsi, mieux s’habiller. Ils avaient domestiqué le feu pour se chauffer et cuire les aliments.

Quand on pense aux Gaulois, on pense plus facilement à Asterix et à Obelix, qui n’est pas gros, mais légèrement enveloppé. Pourtant, ce sont les Gaulois qui ont inventé la première moissonneuse.

En 1896, lorsque les frères Lumière projettent leur film « l’arrivée d’un train à La Ciotat », une légende urbaine veut que la foule ait quitté le cinéma en paniquant. Si nous étions resté sur cette peur fondamentale, jamais nous n’aurions pu avoir des films comme Avatar.

Quand j’avais une dizaine d’années, j’habitais au Maroc, mon papa était directeur d’une usine. Quand on me demandait ce que je voulais faire quand je serai grand, je répondais « ingénieur en robotique ». A l’époque, mes motivations n’étaient pas encore très claires, je répondais souvent, à tord, « pour créer du chômage ». Quand on est au début de l’adolescence, on n’est pas forcément au meilleur de sa forme, intellectuellement parlant…

En fait, pendant longtemps, je me suis demandé pourquoi. Je me suis demandé qu’elles avaient été mes motivations profondes pour une telle pensée.

J’en suis arrivé à la conclusion que je voulais améliorer l’existence de mon prochain. Bien que les conditions de travail dans l’usine de mon papa étaient très bonnes, je voulais que le travail soit plus agréable, soit moins abrutissant. C’est pour cela que je voulais construire des robots.

Les robots sont cools pour les geeks, mais pour beaucoup, les robots font peur. Même, s’il n’y a rien de rationnel à cela. Il faut éduquer, expliquer, démontrer que cela est positif et que la première loi de la robotique, telle que définie par Isaac Asimov, est que le robot est au service de l’homme et ne fera rien pour lui nuire.

Il y a aussi des conséquences amusantes de certaines inventions. Alexander Graham Bell avait inventé le téléphone pour que les gens normaux, comme vous et moi, puissent appeler des savants pour s’instruire et, ainsi, améliorer leur existence. Un TED avant l’heure… Heureusement (ou malheureusement), d’autres usages ont tout de même été trouvés.

De tout temps, l’homme a créé des outils. Pour moi, sa motivation première est d’améliorer son existence et, éventuellement, en fonction de son niveau d’altruisme, celle des autres.

Du coup, j’ai pensé à un schéma très simple de l’adoption des technologies et des outils.

Je vais faire un tout petit peu de mathématique. En abscisse, je mets le temps. En ordonnée, je mets l’amélioration de l’existence. Certes, il n’y a pas vraiment d’unité de mesure pour « l’amélioration de l’existent » (encore que, je connaisse plusieurs personnes qui travaillent sur le sujet), mais nous allons en imaginer une.

Je décompose mon cycle entre 3 étapes, la phase d’innovation initiale et de découverte.

Puis nous arrivons sur une phase de peur et d’interrogation.

Pour finalement arriver à ce que j’appelle le saut quantique.

Les exemples de peurs sont nombreux, je vous ai parlé des robots, du cinéma… Je n’ai pas trouvé de traces concernant les hommes préhistoriques ou les Gaulois, mais je pense que nous pouvons facilement imaginer qu’à la vue d’une hache en silex, un néanderthalien ne devait pas être très rassuré. Pareil pour le téléphone de M. Bell, pour le fardier de M. Cugnot, pour la lampe à incandescence de M. Edison, pour les premières fusées envoyées dans l’espace… ne mentionnons pas la peur de perdre son emploi comme les « saboteurs » de Lyon qui jetaient leurs sabots dans les métiers à tisser automatiques.

Je me souviens encore de ma grand-mère qui disait « la météo est toute détraquée, c’est à cause de tous ces satellites qu’on envoie dans l’espace ».

Je vais prendre un autre exemple, plus concret et plus proche de nous et que je connais plutôt bien…

Au début de l’Internet, tout le monde a rapidement trouvé ça génial. C’était tellement génial qu’une bulle spéculative est née. Elle a explosé. En explosant, elle a créé une peur irrationnelle : « toutes les entreprises du net allaient péricliter ». D’ailleurs, cette idée reste bien ancrée dans la tête de nombreux financeurs de notre belle région.

Mais, heureusement, le Web 2.0, maintenant le Web Squared (puissance deux), sont apparus, permettant ce bond quantique.

Et maintenant ?

L’homme fabrique des outils de plus en plus complexes. Cet été, pendant nos vacances aux Etats-Unis, ma femme et moi, nous nous sommes achetés un robot qui nettoie les sols de notre maison.

J’ai un robot qui parcourt ma maison automatiquement.

Notre existence a été améliorée.

Avant de continuer, je pense qu’il est important de comprendre que cette courbe d’amélioration ne s’arrête jamais. Une de mes citations préférées est celle de Thomas Watson, l’auteur du célèbre « Think » d’IBM. Tom Watson a été le président de la compagnie pendant de nombreuses annėes. En 1943, il pensait que le marché mondial des ordinateurs serait limité à cinq…

Plus récemment, en 1977, le président et fondateur de Digital Equipement (DEC) dit que l’ordinateur n’a pas sa place à la maison. C’est un exemple, mais beaucoup pensent comme lui.

Les exemples sont nombreux.

Où en sommes-nous dans le développement de nos outils ? Je vois un de ces paliers en ce moment. Ce palier arrive au moment où le Web 2.0 et le Web squared se démocratisent doucement.

On entend les peurs irrationnelles qui sont derrières ce palier.

Je n’ai pas confiance dans l’Internet. Je n’ai pas confiance dans Facebook. J’ai peur de me faire avoir. Où sont mes données personnelles ? Comment est-ce que je sais si elles sont bien protégées ?

Mon objectif aujourd’hui n’est pas d’essayer de réfuter chaque argument. Posez-vous des questions. Quelle garantie vous offre votre banque pour protéger vos comptes ? Que se passe-t-il si vous perdez les clés de votre voiture ? Vous souvenez-vous de Père-Noël.fr ?

Père-Noël.fr a été une des plus grosses catastrophes dans l’e-commerce français, mais plus personne ne s’en souvient.

Beaucoup de nos outils sont devenus de vraies machines.

Et, le fait que nous nous posions toutes ces questions, c’est tout simplement parce que nous ne faisons pas confiance aux Machines.

Certes, nous faisons confiance à un certain nombres de machines : son lave vaisselle, sa voiture, le train que j’ai pris pour m’amener ici, et l’ensemble des mécanismes mis en place par la SNCF et RFF… je fais même confiance à un aspirateur automatique dans ma maison.

Imaginons ensemble ce que nous pourrions faire si nous faisions confiance aux Machines.

Imaginons que la Machine comprenne mes courriers électroniques. Elle pourrait repérer qui sont nos meilleurs amis (ceux avec qui ont échange, pas ceux sur Facebook). Comme la machine a accès à notre carnet d’adresses, elle sait qu’un de mes meilleurs amis habite dans le Massachussetts, près de Boston.

Ca m’intéresse de savoir ce qui se passe à Boston. Ca m’intéresse de savoir ce qui peut toucher mon ami comme l’effondrement d’un tunnel du Big Dig, que les Celtics ont été champion en 2008, que les Red Sox battent régulièrement les Yankees.

Continuons à imaginer. Je viens de confirmer mon vol pour Las Vegas, fin octobre. La machine le sait et elle peut me proposer quelques activités intéressantes à faire dans « Sin City ».

Il n’y a naturellement aucune relation de cause à effet avec le téléphone rose de tout à l’heure…

Je continue à imaginer… Facebook sait que je serai au Maroc pour le deuxième Ignite Casablanca. La Machine peut donc me proposer quelques informations intéressantes sur le Royaume du Maroc.

Des exemples, j’en ai encore beaucoup, mais je dois garder mes 18 minutes sous contrôle et je ne peux pas encore tout vous révéler.

Naturellement, je n’ai pas envie de chercher toutes ses informations. Elles doivent venir à moi. La Machine doit les chercher et me les amener. Je dois pouvoir y accéder sur mon ordinateur, mon téléphone, ma télévision, ma tablette ou que sais-je encore…

Pour se ré-ancrer dans une réalité actuelle, imaginez votre édition de votre quotidien, rien que pour vous. Un vrai challenge est d’arriver à donner à la Machine une petite dose de fantaisie calculée pour que ce journal ne soit pas une sèche synthèse analytique.

Je crois à la personnalisation et le filtrage de l’information. Ceci nous ouvre des portes que nous ne soupçonnons pas encore.

C’est le futur. Un futur proche la technologie existe et est à portée de main. Pour y arriver, il faut arriver à faire confiance à la Machine.

La Machine va nous faire gagner du temps, nous rendre plus efficace. Si on veut on pourra faire de l’info-snacking, on pourra consommer de l’information que nous avons choisie, quand on veut, où on veut …

Pour conclure, je citerai un de mes amis : « nous sommes ce que nous partageons ». Il est temps de partager avec les Machines. Si nous arrivons à faire confiance à la Machine, nous améliorerons notre existence.

Jean-Georges Perrin, TEDxAlsace (Mulhouse), Octobre 2010

 

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